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Description
Un an de progrès vertigineux
Dans cet épisode spécial de Polysécure, l’animateur reçoit Mickael Nadeau pour discuter de l’évolution de l’intelligence artificielle entre deux éditions du concours NorthSec (NSec). Le point de départ est frappant : il y a environ un an et demi, lors de l’avant-dernier NorthSec, les participants commençaient tout juste à expérimenter l’IA en mode « full force », mais les capacités restaient limitées à un simple chatbot capable, au mieux, de générer un script rapide pour automatiser une tâche SSH. Aujourd’hui, le paysage est méconnaissable : les agents autonomes, les architectures de type RAG et les compétences (« skills ») spécialisées ont complètement transformé la façon dont les équipes offensives opèrent.
Le point de vue privilégié d’une entreprise défensive
Mickael explique que son entreprise, active en cyberdéfense, occupe une position d’observation unique. Grâce à un « mode surveillance » qui laisse les systèmes clients actifs sans bloquer les attaques (plutôt que de les stopper), l’équipe peut observer en temps réel les nouveaux outils et méthodologies utilisés par les équipes de pentest lors de leurs tests d’intrusion. Cette visibilité lui permet presque de dresser un classement informel des équipes selon leur niveau, un peu à la manière d’un « wall of shame » inspiré de DEF CON : certaines équipes s’appuient sur leur réputation sans se renouveler, utilisant des outils et méthodologies dépassés, tandis que d’autres repoussent les limites grâce à une utilisation avancée de l’IA.
Du couteau suisse au tireur d’élite spécialisé
Un des axes centraux de la discussion porte sur le passage d’agents génériques (le « couteau suisse ») à des sous-agents hautement spécialisés. Mickael illustre ce changement avec l’exemple des injections SQL : au lieu d’utiliser un outil bruyant comme SQLMap qui teste systématiquement toutes les possibilités, on peut désormais entraîner un agent dédié, nourri de toute la documentation existante sur les failles SQL connues, capable de reconnaître un scénario familier et d’aller directement à la solution avec un minimum de requêtes. Le résultat est un attaquant beaucoup plus silencieux, difficile à repérer avec les mécanismes de détection traditionnels basés sur le volume de bruit réseau.
Ce changement de paradigme complique considérablement le travail défensif. Les équipes de sécurité, historiquement habituées à trier les faux positifs et à repérer les comportements bruyants et erratiques, doivent maintenant chasser des signaux beaucoup plus subtils, dans une fenêtre de temps réduite à quelques secondes plutôt qu’à plusieurs jours.
L’apprentissage machine au service de la défense
Contrairement à l’approche probabiliste des grands modèles de langage utilisés côté offensif, l’entreprise de Mickael s’appuie depuis longtemps sur l’apprentissage machine plus déterministe pour détecter les menaces. Ce socle a permis d’atteindre un certain niveau de précision, mais un nouveau défi émerge : la gestion des modèles frontières et des agents eux-mêmes. Beaucoup de clients sont, selon ses mots, « hystériques » face à cette nouvelle réalité, car la majorité des solutions du marché n’ont pas encore intégré une stratégie pour encadrer les agents IA, que ce soit du côté de leurs propres outils ou de ceux fournis par des tiers (pare-feu, plateformes de sécurité, etc.).
Des gains opérationnels concrets
Au-delà de la détection, les agents transforment aussi les tâches opérationnelles quotidiennes : renouvellement de certificats, requêtes de cache, diagnostics de configuration client complexes — autant d’opérations qui pouvaient auparavant nécessiter plusieurs appels et une expertise pointue peuvent maintenant être gérées via une simple conversation avec un agent, même depuis un téléphone. Mickael raconte un cas concret où un agent a diagnostiqué un problème de pare-feu propre à un client en quelques requêtes, un problème qu’il n’aurait pas su résoudre lui-même immédiatement malgré sa connaissance approfondie du produit.
L’avenir des services MDR et la montée des benchmarks
La conversation aborde également l’impact sur le marché des services MDR (Managed Detection and Response). Selon Mickael, l’automatisation permise par les agents va permettre à ces équipes de gérer un nombre de clients beaucoup plus important avec les mêmes ressources humaines, tout en relevant le niveau minimal de qualité du secteur. Il prédit également l’émergence de benchmarks formels pour évaluer non seulement les modèles d’IA, mais aussi les fournisseurs de services de sécurité eux-mêmes — un peu comme les leaderboards actuels qui comparent les performances des différents modèles de langage face à des scénarios d’attaque réels. Ces chiffres deviendront un argument de vente central, remplaçant progressivement les discours marketing par des données concrètes et vérifiables.
Vers l’automatisation de la conformité
Enfin, les deux interlocuteurs discutent du potentiel des agents pour transformer les processus de conformité (comme PCI-DSS), aujourd’hui perçus comme une lourde corvée administrative. Mickael envisage un futur où des « skills » standardisés permettront d’appliquer automatiquement les bonnes pratiques de conformité, réduisant la tentation de sauter des étapes. Il conclut en mentionnant qu’il prépare une présentation avec démonstration en direct pour partager plus en détail cette évolution avec la communauté, dans le but de sensibiliser les organisations à moderniser leur posture défensive à l’ère des agents IA.
Collaborateurs
Crédits
- Montage par Intrasecure inc
- Locaux virtuels par Riverside.fm
Tags: defensif, ia
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