Parce que… c’est l’épisode 0x6xx!

Shameless plug

Description

Introduction

Ce deuxième épisode sur la Cyber Threat Intelligence (CTI) réunit Nicolas, Alexis Dorais-Joncas et Jordan Theodore pour approfondir les mécanismes de production et de consommation de l’intelligence sur les menaces. La conversation explore les défis techniques, organisationnels et éthiques auxquels font face les professionnels de la sécurité dans ce domaine en constante évolution.

Les deux univers de la CTI

Alexis établit une distinction fondamentale entre deux « clusters » dans l’écosystème de la CTI. D’un côté, les producteurs : entreprises de réponse d’incident et fournisseurs de services de cybersécurité comme CrowdStrike, Microsoft, Kaspersky ou Proofpoint, qui observent directement les attaques chez leurs clients et génèrent des rapports détaillés. De l’autre, les consommateurs : organisations qui utilisent ces rapports pour comprendre leurs risques et se protéger contre les attaques potentielles.

Cette dichotomie se reflète même dans les rôles professionnels. Un analyste CTI chez un vendeur dispose d’une visibilité globale sur des milliers de clients, tandis qu’un analyste en entreprise se concentre sur son propre environnement. Les mindsets et les résultats sont fondamentalement différents, bien que les compétences de base soient similaires.

L’ampleur du défi : naviguer dans l’océan de données

Les chiffres partagés par Alexis illustrent l’échelle impressionnante du problème. Chez ESET, environ 300 000 fichiers exécutables malveillants ou suspects uniques arrivent chaque jour. Chez Proofpoint, ce sont 3,5 milliards d’emails quotidiens, avec 50 millions de pièces jointes et 90 millions d’URL à analyser. Face à ce déluge, les équipes de recherche doivent développer des heuristiques sophistiquées et des règles de tri pour identifier ce qui mérite une attention particulière.

L’art du clustering : trouver l’aiguille dans la botte de foin

Le cœur du travail de CTI réside dans la capacité à regrouper des attaques apparemment distinctes en « clusters » attribuables à un même acteur. Alexis explique que cette attribution repose sur la recherche d’éléments uniques ou de combinaisons uniques d’éléments observables. L’exemple du certificat SSL avec une coquille typographique illustre parfaitement ce concept : un seul détail peut permettre de lier des dizaines de domaines entre eux et de découvrir toute une infrastructure d’attaque.

Les indicateurs utilisés pour le clustering sont multiples : similarité de code source, exploits modifiés, choix d’hébergeurs et de registraires, mais aussi des éléments plus « soft » comme le ciblage. Un professeur spécialisé sur l’Iran qui se fait soudainement cibler peut indiquer l’implication de groupes iraniens, même si les indicateurs techniques sont nouveaux.

Les niveaux de confidentialité : une cascade d’information

Alexis révèle que 95% ou plus de la CTI produite par les vendeurs n’est jamais rendue publique. L’information suit une cascade : d’abord partagée uniquement avec les clients directement ciblés, puis avec l’ensemble des clients payants, et enfin, pour une fraction seulement, avec le public. Cette dernière étape implique des choix délicats : révéler certains indicateurs peut aider la défense, mais aussi alerter l’attaquant et compromettre la capacité à le tracker à l’avenir.

La qualité variable de la CTI secondaire

Un point de frustration majeur émerge concernant la couverture médiatique et les analyses secondaires. Alexis estime que 80% de la couverture secondaire n’apporte aucune valeur ajoutée, 5% apporte une vraie perspective informée, et 10-15% est carrément nuisible en véhiculant des erreurs ou des exagérations. Cette désinformation force les analystes en entreprise à perdre des journées entières à remonter aux sources originales et à désamorcer les inquiétudes injustifiées des dirigeants.

La course à la publication et ses nuances

Bien qu’il existe une certaine compétition entre vendeurs pour être le premier à publier sur une nouvelle menace, Alexis nuance fortement ce phénomène. La collaboration informelle entre analystes de différentes entreprises est courante. De plus, même si un concurrent publie en premier, il reste possible d’apporter une valeur complémentaire en confirmant les découvertes depuis une perspective différente ou en ajoutant des observations uniques. L’exemple de Kaspersky et Proofpoint sur un APT illustre comment deux entreprises peuvent enrichir mutuellement la compréhension d’une menace.

L’attribution : utile pour qui ?

L’attribution géopolitique des attaques s’avère principalement pertinente pour les grandes organisations et les entités gouvernementales ciblées de manière spécifique. Pour la majorité des entreprises victimes d’attaques opportunistes, savoir qu’un ransomware vient de tel ou tel groupe importe peu. L’essentiel est de comprendre les techniques d’attaque et les prochaines étapes possibles. Alexis souligne qu’environ 95% des attaques ciblées chez Proofpoint touchent moins de 5 clients avec moins de 60 emails – un volume extrêmement faible qui contraste avec les attaques opportunistes massives.

Le casse-tête des noms de groupes

Un problème persistant dans l’industrie concerne la prolifération de noms différents pour les mêmes groupes. APT28 peut être appelé Fancy Bear, Pawn Storm, TA422, ou une quinzaine d’autres noms selon le vendeur. Cette situation s’explique par les différences de visibilité : Proofpoint observe l’infrastructure email, tandis qu’un EDR voit le comportement post-compromission. Chaque vendeur nomme ce qu’il peut observer, créant une confusion considérable pour les praticiens en réponse d’incident.

Alexis confirme cependant qu’aucune pression marketing n’a jamais été exercée pour créer des noms propriétaires, et qu’il est inacceptable de renommer un groupe découvert par un autre sans l’avoir observé soi-même.

Conclusion

Ce podcast met en lumière la complexité et les nuances du monde de la CTI. Entre volumes de données massifs, décisions éthiques sur ce qu’il faut publier, collaboration et compétition entre acteurs, et défis d’attribution, les professionnels naviguent dans un écosystème en constante évolution. La clé réside dans la compréhension que chaque vendeur apporte une perspective unique basée sur sa visibilité spécifique, et que la véritable valeur de la CTI se trouve dans la capacité à corréler ces différentes sources pour obtenir une image complète des menaces.

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Tags: cti, hunting, incident


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